Dialogues des Carmélites
À propos de l’œuvre
Amoureux inconditionnel de la voix, Francis Poulenc (1899-1963) compose les Dialogues des Carmélites en 1953, sur un livret dont la trajectoire est ramifiée. S’inspirant d’une pièce écrite en 1931 par Gertrude Von Le Fort, le Révérend Père Bruckberger et Philippe Agostini réalisent en 1947 un scénario de film, dont Bernanos écrit les dialogues peu avant sa mort et qui donnera lieu à une pièce.
Quelques années plus tard, Francis Poulenc utilise et remanie ce texte pour en réaliser un livret dont l’histoire en douze tableaux prend place au Carmel de Compiègne. Avril 1789, la jeune et fragile Blanche de la Force décide par « attrait d’une vie héroïque » d’entrer dans les ordres. Devenue Blanche de l’Agonie du Christ, elle se lie au couvent à une autre jeune novice, Constance, au caractère bien plus léger mais qui, depuis leur rencontre, a le pressentiment qu’elles mourront ensemble. Le tableau suivant dépeint la mort de la Prieure, au cours d’une impressionnante scène où s’affrontent la souffrance, la foi qui l’abandonne et l’angoisse de la mort. Mais dehors, la Révolution fait rage et la peur s’empare des soeurs, qui sont forcées de réintégrer la vie civile et profane. Blanche, cédant elle-même à une panique qui fait écho à la terreur de la Prieure, les abandonne. Après avoir prononcé, dans l’engagement le plus total, le vœu du martyre, elles montent une à une à l’échafaud en chantant un Salve Regina, dont la sonorité décroît à mesure que la guillotine fait son oeuvre. Finalement, traversant la foule, Blanche rejoint ses compagnes dans cette ultime épreuve, confirmant ainsi les visions prémonitoires de Constance.
Créés d’abord en italien à la Scala de Milan, les Dialogues des Carmélites sont donnés pour la première fois en version française à l’Opéra de Paris le 21 juin 1957 et remportent un vif succès. Usant d’un langage résolument tonal et d’une grande limpidité, le compositeur a porté toute son attention sur le respect du texte et une transcription musicale parfaite de la prosodie, malgré une orchestration prolifique. Sur fond de Révolution française, les voix de ces Carmélites racontent toutes, du soprano le plus aigu au plus sombre contralto, l’engagement intérieur et le dépassement vers la mort. Francis Poulenc de déclarer à ce propos : « Si c’est une pièce sur la peur, c’est également et surtout, une pièce sur la grâce et sur le transfert de la grâce ».
Stéphane Roussel
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