Iolanta

À propos de l’œuvre


Rarement donné en dehors de Russie, Iolanta est le dernier opéra composé par Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893). Le livret, qu’épouse une musique limpide et délicate, est l’oeuvre de Modest, le frère du compositeur, et s’inspire de La fille du roi René, pièce de l’auteur danois Henryk Herz datant de 1853. Ce poème raconte l’histoire de la jeune Iolanta, aveugle de naissance que son père le roi René garde dans son palais. Maître dans cette prison dorée, il a interdit à quiconque de révéler à sa fi lle l’existence de la lumière et de la vision. Mais bientôt, le célèbre médecin Ebn Hakia, appelé par le Roi, arrive au château et rend son diagnostic. Il peut faire un miracle et rendre la vue à la princesse, mais à une seule condition. Qu’elle le veuille et soit donc enfin consciente de son infirmité. Pendant ce temps, Robert, le Duc de Bourgogne, promis à Iolanta mais amoureux en secret d’une autre, arrive accompagné de son ami le Comte Vaudémont. Ce dernier, laissé seul dans le jardin du palais rencontre Iolanta et s’éprend éperdument d’elle. Ému en comprenant qu’elle est aveugle, il lui parle de la beauté de la lumière et des couleurs. Ebn Hakia sait calmer la fureur du Roi René, dont les ordres ont été bafoués par Vaudémont, et le convainc que seuls la vérité et l’amour pourront guérir sa fille. Ainsi Iolanta, porté par l’amour de Vaudémont, guérit-elle après avoir découvert sa différence.

Composée en un acte, l’oeuvre, qui possède le caractère d’un opéra de chambre malgré un vaste effectif orchestral équivalent à celui de La Dame de Pique, est marquée par une profonde richesse expressive. Si la partition ne cesse de mettre en valeur le sentiment de chaque personnage en faisant la part belle aux grands airs, son caractère de symphonie lyrique témoigne à chaque mesure du talent d’orchestrateur de Tchaïkovski. Par ailleurs, elle apparaît comme l’une des rares pages du compositeur russe à faire appel à des touches d’exotisme à travers la figure du médecin maure Ebn Hakia.

Crée le 6 décembre 1892 au Théâtre Mariinski de Saint Pétersbourg, le même soir que Casse-Noisette, Iolanta connaîtra injustement une destinée bien moins fulgurante que le ballet. Un an avant que Tchaïkovski n’entre dans une véritable tragédie personnelle, symbolisée par la Symphonie pathétique, ce dernier opéra est tout habité des derniers moments de joie intérieure du compositeur.

Stéphane Roussel


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