Erwartung / Pierrot lunaire / La Voix humaine

À propos des œuvres


Emblème de l’expressionnisme en musique, Erwartung d’Arnold Schönberg (1874-1951) apparaît comme l’une des partitions phares de la période atonale du compositeur viennois, alors détaché des règles de l’écriture harmonique traditionnelle. Écrit sur un livret de Marie Pappenheim en 1909, dans une véritable frénésie compositionnelle de deux semaines, l’opéra relate, entre la réalité et le fantasme, le tourment intérieur d’une femme, égarée dans une forêt à la recherche de son amant, qui découvre fi nalement avec effroi le cadavre de celui-ci gisant au sol. Condensé d’une violence extrême, le monodrame offre un étonnant contrepoint entre l’état psychique de la protagoniste et l’accompagnement quasi cinématographique d’un orchestre au grand complet. Trois années après ce geste fulgurant, Schönberg entame, à la demande de la chanteuse Albertine Zehme, Pierrot lunaire, une partition sur des poèmes de l’auteur symboliste belge Albert Giraud. Sorte d’ode à la lune, la succession des vers apparaît comme un kaléidoscope des états d’âmes de l’artiste. Tant par l’utilisation du fameux Sprechgesang, sorte de parlé chanté dont la réalisation donne encore lieu à de nombreux débats, que par son genre atypique, fusionnant le cabaret, le mélodrame et la musique de chambre avec un effectif instrumental très inhabituel (piano, flûte et piccolo, violon et alto, clarinette et clarinette basse, violoncelle) Pierrot lunaire est considéré, avec Le Sacre du printemps de Stravinsky, comme l’une des partitions les plus importantes de la première partie du XXe siècle, dont l’infl uence est majeure sur les générations suivantes.

À contre courant de bien des compositeurs, Francis Poulenc (1899- 1963) poursuit dans les années 1950 une oeuvre où l’expressivité passe par l’écriture traditionnelle et tonale. Prenant pour livret la fameuse pièce de Jean Cocteau La Voix humaine, il écrit à l’attention de son égérie la soprano Denise Duval, un monodrame créé avec grand succès à l’Opéra-Comique à Paris, le 6 février 1959 et repris cette même saison au Théâtre du Capitole, par la même interprète, sous la direction de Georges Prêtre. Tragédie lyrique en un acte, l’oeuvre présente en direct l’abandon déchirant d’une femme au téléphone par son amant. Baignant dans une véritable sensualité orchestrale, comme l’indique le compositeur dans sa partition, La Voix humaine fait appel à tout le potentiel d’actrice de la chanteuse. Denise Duval de déclarer ainsi : « C’est une expérience toujours renouvelée et toujours aussi bouleversante pour l’interprète que pour les spectateurs ».

Stéphane Roussel


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